Réponse du Maître des Domincain  
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Carlos A. Azpiroz Costa, o.p.
2/2/08

FRATRES ORDINIS PRÆDICATORUM
Curia Generalitia

Rome, le 7 janvier 2008.

Fête de St Raymond de Penafort, o.p.

 

Prot. n. 17/08/28 PO

A tous ceux qui ont reçu le document Kerk en Ambt, publié  par la province dominicaine néerlandaise.

De la part du Maître et de la Curie générale de l’ordre des frères prêcheurs.

Au début de septembre 2007, la province dominicaine néerlandaise a publié une brochure intitulée « Kerk en Ambt » (Église et Ministère) et l’a envoyée à toutes les paroisses des Pays-Bas. Ensuite, cette brochure a été diffusée par les médias et l’internet en dehors des Pays-Bas.

Elle a suscité des réactions fort diverses dans le monde entier.

En conséquence, après échange avec nos frères néerlandais, la curie générale de l’ordre a estimé nécessaire de formuler une réponse officielle sur notre position.

Bien que nous participions au souci du manque de prêtres ordonnés au service du peuple de Dieu, nous ne sommes pas d’avis que la solution proposée par nos frères soit en accord avec la tradition constante et authentique de l’Église catholique. De plus, nous sommes d’avis qu’il n’est pas du ressort de leur responsabilité de provoquer une action pastorale qui s’oppose à la pratique de l’Église.

La réponse ci-jointe du P.Hervé Legrand O.P., professeur ordinaire à l’Institut catholique de Paris et connu en tant qu’ecclésiologue français, nous informe du point de vue officiel de la curie de notre ordre. Tandis que nous considérons cette contribution comme une critique du point de vue de nos frères néerlandais, nous sommes prêts à réfléchir à des solutions alternatives aux problèmes graves auxquels les Pays-Bas et d’autres secteurs de l’Église sont confrontés. Cependant, la recherche d’une solution devrait se passer dans le cadre de la foi de l’Église et donc inclure ceux qui disposent du pouvoir ordinaire au sein de l’Ordre comme au sein de l’Église.

Avec nos sentiments distingués.

Fr.Carlos A.Azpiroz Costa o.p.
Maître de l’ordre
Et le Conseil général de l’ordre des frères prêcheurs.

 

Convento Santa Sabina (Aventino) – Piazza Pietro d’Illiria, 1 – 00153 ROMA
( +39 06 57940 555 - FAX  +39 06 5750675 – e-mail [email protected]


Le Rapport de la Province Dominicaine des Pays-Basa

sur Ministères ordonnés et Eucharistie

(Lecture ecclésiologique faite à la demande du Maître de l’Ordre par le fr. Hervé Legrand o.p.)

Devant le très grave manque de prêtres dans l’Église des Pays-Bas, la province dominicaine a  envoyé officiellement aux 1300 paroisses du pays un Rapport qui les exhorte à faire présider la célébration de l’eucharistie par des chrétiens non ordonnés («  We urge  parishes to act in this way», p.29) ; ceci au cas où l’évêque refuserait d’ordonner le ou la chrétien(ne) désigné(e) à cet effet par les paroissiens(1).

Commandé par le provincial et son conseil, « reçu » et distribué par eux, ce Rapport est muni d’une introduction qui précise qu’il « n’est pas à prendre comme une directive (« guideline ») ou comme une proposition doctrinale, mais comme une contribution pour renouveler et approfondir la discussion » (p.6). Telle quelle, cette précision appellera deux commentaires de la part de tout lecteur attentif.

 Premier commentaire cette précision s’imposait car, avec ou sans l’assistance de son conseil, le provincial d’un ordre religieux n’a, en tant que tel, ni compétence ni responsabilité pour donner des directives aux paroisses de tout un pays(2), et encore moins pour leur recommander d’agir contre  la doctrine commune de l’Église catholique. Mais il est légitime, bien sûr, de proposer  un débat pour approfondir tout grave problème mal résolu. Le droit canon assure cette liberté aux catholiques(3) et il leur en fait même un devoir, en certaines circonstances(4). Le Nouveau Testament déjà encourage à soumettre ses propres opinions au discernement des autres chrétiens : « Je vous parle comme à des personnes raisonnables », écrit Paul aux Corinthiens, n’hésitant pas à ajouter «  jugez vous-même de ce que je vous dis »(5), s’agissant précisément du Repas du Seigneur. Son conseil aux Thessaloniciens est également familier : «N’éteignez pas l’Esprit ; ne méprisez pas les dons de prophétie ; examinez tout avec discernement : retenez ce qui est bon ; tenez-vous à l’écart de toute espèce de mal »(6)

Deuxième commentaire, on est surpris de voir  le provincial et son conseil qualifier d’invitation au dialogue un Rapport qui  appelle, en réalité, à créer un fait accompli. Ils  en attendent un relèvement du niveau de la discussion, alors que le Rapport se situe déjà au stade de l’action. De plus, comment peut-on  appeler à célébrer l’eucharistie d’une manière contraire à la doctrine catholique, sans aucun précédent dans la tradition ? Le Repas du Seigneur, en effet, n’est pas seulement l’un des sept sacrements. Il  est le plus important d’entre eux et le sacrement même de l’unité des chrétiens.  Dès lors comment croire  qu’un tel envoi n’est en rien une prise de position doctrinale ?  Si elle n’est pas hypocrite,  ou contradictoire, la démarche relève au moins de la  communication paradoxale(7).

Maintenant que le débat est lancé autour de cette démarche, il convient de le mener selon des règles claires et adéquates, comme tout débat méritant ce nom.  A cet effet, on propose ici une analyse critique du Rapport sous l’angle précis des règles de la communication : elles supposent d’entendre  tous ceux qui  sont concernés ; et cela selon des méthodes correspondant aux questions soulevées, et dans le respect des diverses compétences requises. Faute de quoi, on  opposera en vain certaines convictions à d’autres et, au terme, la frustration sera générale, sans aucun profit pour une situation qui crie misère.

 

I. LE DÉSARROI PASTORAL  DES DIOCÈSES DES  PAYS-BAS JUSTIFIE L’ALARME DES AUTEURS DU TEXTE : C’EST UN CRI  DE CONSCIENCES CATHOLIQUES. CECI DOIT ÊTRE RECONNU, INDÉPENDAMMENT DE LA VALEUR INTRINSÈQUE DE L’ARGUMENTATION THÉOLOGIQUE ET PASTORALE.

Les statistiques reproduites dans le Rapport, que je n’ai pas vérifiées, sont   impressionnantes. On en retiendra seulement que, dans le diocèse de Groningen, la moitié des célébrations dominicales se font en l’absence de prêtre. Dans le diocèse de Bois-le Duc, pour la seule année 2004, 95 paroisses de plus sont restées sans messes, et  seulement 50 ont pu rejoindre celles qui  proposent des célébrations dominicales sans messes(8).

Le Rapport révèle aussi une perception des réalités liturgiques et ecclésiologiques de plus en plus pauvre en termes théologiques. On est  loin du climat dont témoigne la réponse fameuse du prêtre Saturnin qui, au temps de Dioclétien,  a rassemblé la communauté chrétienne chez lui, le dimanche, malgré l’édit impérial, sachant que cela entraînerait sa condamnation à mort : « C’est en toute conscience que nous avons célébré le dominicum…Sine dominico esse non possumus »(9). Aujourd’hui, les discussions se concentrent sur le  pouvoir : qui a le pouvoir de désigner les ministres ? Qui a le pouvoir de consacrer ? Ou autour du statut personnel des ministres : peuvent-ils être mariés ? Doivent-ils être célibataires ? Hommes ? Femmes ? Etc.

La situation pastorale et théologique décrite apparaît aussi chaotique qu’aux premières décennies de la Réforme du XVIe siècle. Du moins, je l’ai ressenti ainsi.

On comprend donc qu’à la demande du chapitre de la province, le  Provincial et son conseil aient pris sur eux de  pousser un cri d’alarme, tant la situation est grave. Le Maître de l’ordre et son conseil ont, pour leur part, pris acte de la situation qui les motivait, tout en les  interrogeant sur le contenu de leur Rapport, qu’ils ne peuvent approuver.

                                                                  *

La présente analyse sera celle  d’un théologien qui a surtout réfléchi à la théologie de l’Église, discipline pratique et dogmatique. Le chapitre  provincial avait demandé «un comité ou groupe de travail, constitué d’experts (…) pour étudier les aspects théologiques de la question »(10). La lecture  des 25 pages de leur Rapport  laisse pourtant l’impression d’un réel manque d’esprit critique (II), peu soucieux des lois de la communication. Quant aux énoncés doctrinaux, comparés aux ressources qu’offre la théologie, ils paraissent trop massifs (III).

Ces deux faiblesses empêcheront ce Rapport d’atteindre son but. Disons pourquoi.

      

II. UNE RÉFLEXION INSUFFISAMMENT CRITIQUE

Pour rapprocher des positions pastorales très éloignées les unes des autres, il faut conjuguer l’argumentation théologique avec l’art de communiquer. On ne peut en rester aux idées générales non vérifiées. En l’absence d’une conceptualité critique, respectant la complexité du réel, on ne sera pas suivi.

Absence de conceptualité critique

Tout le Rapport est structuré autour de l’opposition entre la base et la hiérarchie. Peut-on adhérer sans réserve à une idée aussi générale et aussi simple ? En 21 pages, on relève :

-28 fois le terme d’autorité officielle (ou ses équivalents: « church authority », « church officials », « higher authority », etc.). Deux remarques s’imposent quant à la répétition de ces mots : 

1°) presque sans exception, l’usage des ces termes est péjoratif. L’autorité se voit assimilée à blocage (p.10, fin 2e §), à interdit (p.10, dernier §), à obstacle (p.12, 1ère  ligne), à impossibilité (p.12, dernière ligne). On ne retient de l’autorité que ses caractères négatifs.

2°) de plus, les chrétiens, désignés comme « official bearers of authority », sont supposés être tous d’accord sur tout ; ce qui est peu probable. Ils sont rarement personnalisés : une seule fois un évêque est désigné comme tel (p.7). Ils ignoreraient systématiquement la « faith community experience ». Cette dernière, en revanche, est valorisée comme ayant, en principe, toujours raison. En effet,

-22 fois le Rapport  oppose le haut («  official authority »), toujours négatif,  et le bas (« below » ; « grassroots », « faith community level »), toujours positif.  

Cette opposition répétée cinquante fois  en 21 pages (plus de deux fois par page) imprégnera l’inconscient de tout lecteur. Elle  n’encouragera personne à rechercher un dialogue avec « l’autorité officielle », but pourtant recherché par le chapitre provincial.

Premier déficit : Le Rapport disqualifie a priori une partie des interlocuteurs intéressés. Aidera-il à instaurer le dialogue avec tous, demandé par le chapitre provincial?

Indépendamment de l’intention de ses rédacteurs, le Rapport ne donne pas la parole à tous. L’enquête mentionnée (« soundings », p.15) ne dit rien sur sa méthode, sur l’échantillon retenu, ne donne aucun chiffre. Dès lors, présenter la « base » comme globalement favorable à tous les objectifs du Rapport indistinctement, suscitera le scepticisme de tout esprit moyennement critique et ne favorisera pas un dialogue ouvert(11).

D’autre part, on l’a vu, le Rapport disqualifie les évêques en tant que tels : administrateurs anonymes et légalistes, éloignés de l’expérience de foi des fidèles, ils savent seulement « interdire, bloquer, faire obstacle et rendre impossible » (cf. les  chiffres cités plus haut).  Ainsi traités, quelle envie auront-ils de rencontrer leurs interlocuteurs ? En termes de sciences de la communication,  en rendant soi-même impossible ce que l’on demande, on met en place une « self-fulfilling prophecy » !

On est loin ainsi du vœu du chapitre provincial : «créer un dialogue ouvert auquel toutes les parties intéressées pourraient prendre part » (12) ? 

Deuxième déficit : en créditant la "base" de toutes les qualités attribuées autrefois au "sommet ", le Rapport se contente de renverser la problématique qu’il combat, sans  aider à la dépasser.  

Le Rapport déplore l’opposition entre la base et la hiérarchie(13), mais il n’en sort pas. C’est comme si on avait renversé le sablier, mais le même sable continue d’y couler.

On peut le vérifier : "l’Église d’en bas", est  mentionnée 22 fois et toujours positivement alors que sur les 28 mentions de "l’Église d’en haut", 24 sont négatives et seulement 4 positives. Le seul enseignement retenu de Vatican II, souvent répété, est qu’avec l’ordre actuel des chapitres 2 et 3 de Lumen Gentium, la pyramide ecclésiale a été renversée.

Pour « renouveler les discussions à un registre plus profond »(14), - demande du chapitre provincial-, ce simple renversement de la pyramide saurait-il suffire ?

Troisième déficit : une valorisation systématique, mais peu réaliste,  des vertus de la base

Un peu de familiarité avec les sciences humaines aurait  pu éviter au Rapport de manifester à la « base » un crédit qui relève beaucoup plus de la croyance ou de l’idéologie que d’une analyse  scientifique, fondée sur l’histoire et la sociologie.

L’histoire réelle montre que la base sociale peut récuser les progrès scientifiques (ceux de Darwin et de Pasteur), technologiques (rejet du machinisme), sociaux (refus de l’instruction obligatoire ou des cotisations sociales). Les mêmes attitudes se vérifient dans le domaine artistique (en peinture par ex.), ou politique (populisme et xénophobie)…     

Dans la vie de l’Église, on note des attitudes parallèles : refus de l’exégèse scientifique ou inclination vers le merveilleux (pseudo apparitions) ; on note même pire : en se  modelant sans distance sur la démocratie, le luthéranisme allemand a été conduit à la  catastrophe.  Rappelant que la foi chrétienne ne pouvait se confondre avec les opinions de la base, fût-elle majoritaire, K. Barth, D. Bonhöffer et d’autres  sauvèrent l’honneur en suscitant l’Église confessante.

En valorisant à ce point la base, le Rapport véhicule donc un  point aveugle au plan de la sociologie de la connaissance, qui a son parallèle dans la manière dont le  Rapport  présente l’enseignement de Vatican II sur le  peuple de Dieu, à savoir comme si les laïcs étaient le Peuple de Dieu à eux seuls, alors qu’il inclut toujours l’épiscopat.

En termes de communication, un quatrième déficit doit encore être signalé.

Quatrième déficit : le Rapport amalgame des questions  trop diverses, avec pour effet prévisible qu’aucune n’obtiendra de réponse.

A son terme le Rapport énonce le critère normatif suivant pour sortir de la crise : « Qu’ils (= les présidents de célébrations eucharistiques locales) soient hommes ou femmes, homo- ou hétérosexuels, mariés ou célibataires n’est d’aucune pertinence »(15).

Puisque le Rapport invite au débat fraternel, débattons. Il est important, en effet, dans une telle situation de crise, de trouver des critères de solution. Se voulant fidèle à la  vocation des  frères prêcheurs, le Rapport opte pour une attitude  qu’on peut appeler « prophétique », ici pour une militance qui veut venir à bout de tout préjugé, militance très répandue dans les médias contemporains, en Occident seulement, notons-le. On y  dénonce les archaïsmes de la culture catholique avec ses attitudes injustes, arrogantes ou blessantes,  vis-à-vis  des gens mariés, des femmes et des homosexuels. Soit, mais débattons de la méthode qui consiste à  énoncer à priori un tel critère normatif.

Premier débat : 1°) une telle attitude  est contradictoire avec le but énoncé par le chapitre  provincial: «créer un dialogue ouvert auquel toutes les parties intéressées pourraient prendre part ».

En décidant que tel est le critère à mettre en œuvre, on demande instamment aux lecteurs d’y adhérer et non pas d’en discuter ! Le Rapport mélange d’ailleurs constamment analyse et normativité(16). Expertise et prophétie sont certes légitimes et nécessaires ; mais leur mélange simultané pose question: peut-on, en même temps, être expert, militant et décideur ?

Sans avoir lu Max Weber, on sait que c’est impossible. Les gouvernements évitent habituellement de nommer un paysan au ministère de l’agriculture ! Si l’on veut réellement un dialogue ouvert, il faut faire asseoir experts, militants et décideurs à une même table ronde. En revanche, dans le Rapport, la parole militante occupe tout le terrain, avec le risque, clairement prévisible, de crier dans le désert ! Ces lois de la communication sociale s’imposent même à des frères prêcheurs.

Deuxième débat : une telle communication, parce qu’elle amalgame " prophétiquement " plusieurs questions hétérogènes, programme son propre échec en termes d’action, et retarde le bien possible au nom d’un idéal  qu’on sait impossible.

Les auteurs du Rapport ont le souci de communiquer en anglais et ont donc accès aux media  anglo-saxons. Ils sont donc informés des effets réels produits par l’ordination d’un évêque homosexuel dans l’Église épiscopalienne des USA : au plan national, création de nouveaux diocèses schismatiques et concurrents; au plan mondial, rupture de la communion anglicane. Comment l’Église anglicane du Nigeria, la plus nombreuse du monde, pourrait-elle accepter d’être en pleine communion avec cet évêque, dans un pays où l’islam, légèrement majoritaire, est lourdement fondamentaliste ? Être une communion mondiale est un enjeu chrétien très important : peut-il être atteint si les ministres de la communion deviennent cause de schisme ? De plus, une telle lutte contre l’homophobie, perçue comme indissociable de l’impérialisme culturel occidental, ne l’a-t-elle pas renforcée dans de nombreuses régions du monde ? Enfin, ceux qui s’isolent dans leur schisme cessent de pouvoir influencer la vaste communion anglicane. Le résultat obtenu peut-il réjouir les « militants » ? Est-il conforme à leurs intentions ?

Revenons au Rapport. En énonçant un critère qui amalgame les ordinations d’hommes mariés, de chrétiennes, d’homosexuel(le)s, ses auteurs connaissaient ce précédent, qui représente un  cas d’école. Qui ne voit que le Rapport éloigne ainsi la possibilité réelle d’ordonner des chrétiens mariés ?  Vouloir que tout change, ne contribue-t-il pas à ce que rien  ne change ? En termes d’action, chacun connaît déjà la réponse.

Le Rapport va plus loin. A son discours de conviction, il ajoute un appel à l’action qu’on a déjà relevé: « Nous pressons les paroisses d’agir en prenant ce chemin avec une forte confiance en soi et avec courage »(17). Ce qui revient à encourager ces paroisses à s’excommunier d’elles-mêmes, si elles passent à l’acte. Alors que déjà saint Ignace d’Antioche écrivait vers l’an 120 : « Que cette eucharistie seule soit regardée comme légitime, qui se fait sous la présidence de l’évêque ou de celui qu’il en aura chargé »(18), et qu’ en 2007 toute eucharistie catholique continue de faire mémoire de l’évêque du lieu !

Le Rapport, on le voit, ne prend pas seulement le risque d’aggraver la polarisation au sein de l’Église des Pays Bas, il prend aussi celui d’encourager au schisme dans le cadre même de la célébration du sacrement de l’unité.

Conclusion 

Au terme de cette première lecture, faite en termes de communication, deux conclusions se dégagent au plan dominicain :

1) Le Rapport et sa diffusion ne sont guère fidèles aux résolutions du chapitre provincial.

On n’a pas suivi la demande d’inclure dans le débat toutes les parties intéressées (all interested parties, p.5). On n’a pas fait travailler un comité d’experts capable de « renouveler    la discussion en profondeur » (p.6), ou de « stratégie de communication » (p.6). Il n’y a rien de neuf dans une analyse opposant la base et la hiérarchie ; la confiance non critique accordée à la base n’est pas très scientifique ; en mêlant expertise et attitudes prophétiques on ne fait pas preuve non plus de stratégie.

2) Le Rapport et sa diffusion sont questionnables au plan doctrinal parce qu’ils ont recours  à des méthodes  de réflexion et d’action inadéquates.

Le Provincial des  Pays-Bas et son conseil n’ont pas été suffisamment critiques sur leurs méthodes de réflexion et d’action. Un débat fructueux avec eux passe par cette prise de conscience. Leur opposer directement des « raisons  doctrinales », même si on peut et  doit le faire, serait une erreur. Elles ne peuvent qu’être rejetées par ceux des rédacteurs qui ont l’évidence d’avoir proposé la bonne solution  et d’être les représentants d’une théologie évangélique ouverte, face aux « autorités » qui trahissent l’Évangile par leur institutionnalisme  légaliste et leurs archaïsmes culturels.  Le plus important, si l’on veut parvenir à un débat réellement doctrinal, est d’abord  de comprendre comment les intéressés ont pu s’établir dans un tel état d’esprit.

 

III. LES CRITÈRES DOCTRINAUX PROPOSÉS PAR LE RAPPORT NE PEUVENT PAS FONDER LES INITIATIVES RECOMMANDÉES AUX PAROISSES.

Pour l’examen  de la justesse doctrinale des  initiatives recommandées  aux  paroisses, on se référera aux exigences du chapitre provincial,  demandant qu’un groupe de travail, constitué d’experts, étudie les aspects théologiques de la question (p. 5) et  renouvelle  les discussions à un registre plus profond (p.6). Doctrinalement, le texte actuel, à notre avis du moins, ne  correspond pas à ces exigences parce qu’il est trop faible dans nombre  de ses énoncés particuliers (3.1) et surtout parce qu’il est erroné dans les fondements qu’il prétend donner à l’initiative recommandée aux paroisses : faire célébrer le Repas du Seigneur par un(e) chrétien(ne) que l’évêque a refusé d’ordonner (3.2).

3.1 Le  Rapport présente beaucoup de faiblesses dans ses affirmations particulières

Le Rapport a voulu être simultanément un rapport « d’experts » et un appel adressé à toutes les paroisses du pays. Peut-être est-ce la source de bien grandes  simplifications historiques et de nombre d’affirmations doctrinales pour le moins approximatives ? On peut les illustrer par le haut de la p.18, typique de l’ensemble.

On y lit « qu’au cours de l’histoire» (sic), on en est arrivé à une vision « pyramidale ». Elle est décrite dans les termes du Ps-Denys qui n’a pourtant nullement influencé les textes liturgiques  occidentaux(19). Au XIIe s. encore, il n’a pas touché non plus l’équilibre des ministères décrit par le bienheureux Guerric d’Igny comme suit : 

 « Nous ne devons pas croire que ces vertus dont on vient de parler soient nécessaires   seulement au prêtre, comme s’il consacrait seul, comme s’il offrait seul le sacrifice du Christ Il ne sacrifie pas seul, il ne consacre pas seul, mais toute l’assemblée des fidèles qui se tient  autour de lui, avec lui consacre, avec lui offre le sacrifice »(20).

Sur ce point S. Thomas d’Aquin et la scolastique introduiront certes une rupture, en comprenant l’action des ministres selon la catégorie aristotélicienne de cause instrumentale, mais cela revient à exclure les perspectives dionysiennes. En fait « le cours de l’histoire » se réduit à l’influence indéniable de Denys sur la figure du  prêtre de l’École Française, qui s’imposera au XIXe s. dans de larges secteurs catholiques. 

Le paragraphe suivant affirme  par deux fois, sûrement par distraction, qu’en théologie catholique « les sacrements n’ont d’effets que s’ils sont administrés par des ministres ordonnés » (21)car chrétiennes et chrétiens peuvent baptiser en cas de nécessité et ils  sont les  ministres de leur mariage, la présence de leur curé évitant la clandestinité de l’acte.   Mais on  y avalise aussi,  par trois fois, l’idée que, de par son ordination, « le prêtre est changé en son essence (« essentially changed ») parce que toute sa personne et son essence sont sanctifiés ». On ne trouve, bien entendu, rien de tel chez Thomas d’Aquin ou dans la scolastique pour qui la grâce de l’ordination est une grâce pour les autres chrétiens, et non pour le prêtre lui-même: les manuels les plus médiocres n’enseignent rien d’autre à la veille de Vatican II(22).

La suite du texte affirme que « de cette façon, une  ‘différence d’essence’ naît (comes into being) entre laïcs et ministres ordonnés qui est indélébile ». L’adjectif « indélébile » doit être une allusion au fait qu’on ne peut recevoir deux fois le baptême, la confirmation et l’ordination, un fait que le concile de Trente relie à l’impression d’une « marque ineffaçable dans l’âme ».Mais il n’a pas enseigné, pour autant, que le caractère opérait une transformation ontologique du prêtre(23), ce qu’on répète ici(24), et qu’on chercherait en vain dans les  manuels de théologie postérieurs(25). Si une telle erreur était répandue au niveau populaire chez certains catholiques néerlandais, des experts aurait dû la corriger. Ici, dans un pays confessionnellement divisé, ils reprennent à leur compte un préjugé protestant qu’on trouve jusque dans des encyclopédies scientifiques(26).

On objectera : il est dommage bien sûr que des paroissiens reçoivent des  informations  inexactes et même erronées.  Mais par rapport au problème de fond que soulève le Rapport, n’est-ce pas là « filtrer le moucheron et avaler le chameau » (Mt 23, 24) ?

C’est parce que le problème de fond posé par  le Rapport est considérable qu’on doit s’assurer  de la compétence de l’expertise alléguée.  Ce qui précède aura montré qu’elle n’est pas de première qualité scientifique(27). Il reste encore à constater que sur l’essentiel elle est encore plus déficiente  

3.2. Le Rapport ne démontre en rien son affirmation centrale  selon laquelle la tradition, Vatican II et l’état actuel de la théologie fondent l’authenticité d’une eucharistie  célébrée par des chrétiens élus par les paroissiens mais non ordonnés  par l’évêque. 

Il faut relire l’appel à l’action  qui conclut le Rapport. On débattra des trois thèses essentielles qui y sont formulées, l’une après l’autre. Si la première thèse est acceptable, les deux autres,  qui restent sans démonstration, sont irrecevables en doctrine catholique.

1) La participation des paroissiens  à l’élection des ministres ordonnés est théologiquement légitime : « Avec une réelle insistance, nous exhortons les paroisses  à choisir en leur sein leur dirigeant  ou leur équipe de dirigeants » (p.28).

Cette participation ne soulève aucune difficulté théologique ; reste à en apprécier la faisabilité et l’opportunité.  L’histoire montre, en tout cas,  que c’était une pratique fréquente dans les pays germaniques et en Italie, jusqu’à la Réforme et même au-delà(28). Sur ce point l’expertise générale du rapport est bonne (p. 13 milieu ; p.24 bas et  p. 25 haut). Elle aurait simplement pu insister sur le fait que si l’élection fait partie du processus de l’ordination, être élu n’a jamais suffi pour être ordonné. La section III, traitant de l’eucharistie, reste malheureusement muette sur la stricte  corrélation entre communion  eucharistique et communion ecclésiale, position absolument unanime depuis les origines de l’Église. On y perd de vue que  le Repas du Seigneur est le sacrement de l’unité de l’Église, puisqu’on trouve normal que des non chrétiens y prennent part(29). L’exhortation à célébrer l’eucharistie par un chrétien que son évêque   a refusé d’ordonner est la plus claire négation de cette corrélation.

2)  La célébration de l’eucharistie par un chrétien que l’évêque n’a pas ordonné est contraire à la doctrine catholique et se trouve être une conduite schismatique. « Sur le fondement de la priorité du ‘peuple de Dieu’ sur la hiérarchie (…) si un évêque diocésain refuse d’ordonner (cette ou ces personne(s), les paroisses doivent être assurées qu’elles ont alors néanmoins la capacité de célébrer une eucharistie réelle et authentique (« real and genuine ») (p. 28) ; « nous les  exhortons  à agir de la sorte avec une grande confiance en elles-mêmes et avec courage » (p.29). 

Célébrer l’eucharistie en dehors de la communion de l’Église et contre l’évêque du lieu  a été compris, dès les origines, comme l’instauration d’un schisme et son  signe par excellence par s. Ignace d’Antioche (vers 120)(30), s. Cyprien (vers 250) (31), s. Jérôme (début du Ve s.)(32), s. Augustin (début du Ve s.)(33), le pape Pélage (milieu du VIe siècle)(34). D’ailleurs, de façon immémoriale jusqu’aujourd’hui, à chaque célébration eucharistique,  on commémore l’évêque du lieu pour le signifier.

L’appui qu’on prétend trouver dans la priorité du peuple de Dieu sur la hiérarchie à Vatican II, -unique argument fourni pour affirmer qu’une eucharistie, célébrée dans le refus de la communion de l’évêque diocésain, est « réelle et authentique »-, est purement fallacieux : on ne peut avancer un seul texte en ce sens. S’il y en avait, le débat serait clos.

La réalité du peuple de Dieu(35) implique celle d’un ministère qui est à la fois dans l’Église  et  en vis-à-vis d’elle(36). Quand on supprime ce « dans  » et ce « vis-à-vis », on a perdu la clé fondamentale tant de l’identité des ministres que de celle des communautés en tant que communautés locales(37).

L’assemblée locale qui déciderait de suivre l’exhortation du Rapport opterait pour une ecclésiologie tournant le dos à l’ecclésiologie du Peuple de Dieu, pour se dissoudre en secte.  Elle tournerait aussi le dos  à l’ecclésiologie réformée qui accepte certes, exceptionnellement et en cas de nécessité, que  des non ordonnés président la Sainte Cène, mais obligatoirement avec une délégation de l’autorité pastorale et non pas contre cette autorité. Aucun  théologien, quelle que soit son appartenance ecclésiale, ne reconnaîtra dans le Rapport  l’ecclésiologie de l’Église  catholique ou de  l’Église orthodoxe : toutes deux mettent un lien infrangible entre communion eucharistique et communion ecclésiale. Récuser ce lien fondateur (cf. la Ière aux Corinthiens XI, 17-34) ne résoudra rien, car c’est lui, au contraire, qui réclame que l’on ordonne des pasteurs. Exhorter les paroisses à agir en ce sens, c’est purement et simplement les exhorter au schisme.

3) Les appels à l’action ne sont fondés ni sur Vatican II ni sur les travaux théologiques. «  En conclusion, une fois encore, nous soulignons que notre thèse est fondée sur les déclarations de Vatican II et sur les publications, depuis le concile, de théologiens professionnels et d’experts en pastorale »( p.29)(38).

On chercherait en vain un seul texte de Vatican II qui fonderait l’action préconisée par le Rapport. Ni sa lettre ni son « esprit » ne  légitiment de célébrer l’eucharistie en récusant la communion avec l’évêque en cet acte même : Lumen Gentium le récuse explicitement(39)

Dans la bibliographie finale,  renvoyant aux autorités théologiques, on cherchera aussi en vain une citation précise et vérifiable fondant cette thèse. Si le P. Schillebeeckx n’exclut pas, à titre d’hypothèse, qu’une eucharistie serait possible, en l’absence de prêtre, en cas de nécessité extrême (persécution), il laisse cette hypothèse à l’état d‘hypothèse(40). A fortiori, il n’envisage pas qu’un chrétien, que son évêque aurait refusé d’ordonner, cas très différent, pourrait présider l’eucharistie(41).

Les paroissiens auxquels le Rapport s’adresse  auront sur cette question les mêmes exigences  de sérieux que dans le reste de leur vie : si l’un de leurs est atteint d’une grave maladie, ils feront confiance à un médecin reconnu par la faculté de médecine ; en cas de conflit judiciaire à un avocat appartenant à l’ordre avocats, etc. Dans le cas présent, ils se demanderont sûrement s’ils peuvent considérer comme réellement théologique une proposition qu’aucune faculté de théologie catholique à travers le monde ne soutiendrait.

 

CONCLUSION GÉNÉRALE

L’Ordre des Frères prêcheurs pourrait-il approuver,  plus que les facultés de théologie,  la conclusion d’un Rapport qui, en contradiction claire avec la doctrine catholique, appelle l’ensemble des paroisses du pays, voire du monde entier, à passer à l’action ? Personne ne pourra s’étonner que le Maître de l’Ordre,  non informé au préalable, prenne ses propres responsabilités devant une initiative aussi publique : ses entretiens avec les responsables provinciaux ne pourront probablement pas en rester au registre du débat. Il en jugera avec son conseil.

Si l’on en reste au registre du débat théologique, on doit donner acte aux autorités provinciales du fait que leur cri d’alarme est justifié en tant que tel. Il ne suffit pas de relever leurs erreurs doctrinales et leurs maladresses de communication, bien qu’elles puissent retarder la solution d’un problème qui les a amenés à s’exprimer avec le  radicalisme  que l’on a cru devoir critiquer avec vigueur.

Le Rapport a raison de souligner que toutes les conséquences ecclésiologiques légitimes n’ont pas été tirées de Vatican II. C’est une évidence. De plus, selon le dernier concile, le statut actuel des prêtres n’est pas l’unique possible : Presbyterorum Ordinis 16 énonce que « la continence parfaite et perpétuelle n’est pas exigée par la nature du sacerdoce » et fait un éloge sans réserve des prêtres catholiques actuellement mariés(42). A la lumière aussi de la dernière phrase du Code de droit canon (« Le salut des âmes doit toujours être dans l’Église la loi suprême »), les pasteurs pourraient donc moduler  la loi du célibat,  si elle s’avérait aujourd’hui  la cause principale  du manque de prêtres.

Toutefois l’envoi du Rapport à toutes les paroisses du pays a  créé un réel problème : un tel acte dépasse de beaucoup l’appel à l’opinion publique catholique. Sur des fondements  nullement assurés, il contient  une invitation à agir aux conséquences éventuellement très graves. Si elles reconnaissent que ce fut là plus qu’une maladresse, les autorités de la province  des Pays-Bas devraient pouvoir compter sur l’aide du Maître de notre ordre, loin des schémas   d’une obéissance séculière, comprise comme « commandement et exécution », et peut-être vérifiera-t-on, dans la résolution de ce qui est devenu une « affaire », la vérité de Pr. 18,19 : « un frère aidé par son frère est comme une cité fortifiée »(43) ?

Dans ce cas de figure, l’Ordre pourrait peut-être, en désavouant clairement le texte actuel, dire publiquement sa préoccupation de voir tant de membres du peuple de Dieu continuer à errer comme « un troupeau sans pasteurs » (Mc 6, 34).

fr. Hervé Legrand op
maître en théologie
professeur honoraire à l’Institut Catholique de Paris



(1) Nous citons la pagination de la traduction anglaise de Kerk en Ambt. On peut s’y fier car elle est l’œuvre de l’un des rédacteurs du Rapport.

(2) Voire du monde entier, puisque traduit en anglais, il a été   diffusé sur internet.

(3)  Voir le canon 218 : «  Ceux qui s’adonnent aux disciplines sacrées jouissent d’une juste liberté de recherche comme aussi d’expression prudente de leur opinion dans les matières où ils sont compétents, en gardant le respect dû au magistère de l’Église ».

(4) Voir le can. 212, § 3 : « Selon la science, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l’utilité commune et la dignité des personnes ».

(5) I Co 10, 15.

(6) I Thes. 5, 19-22

(7) Ce type de communication, frappée de contradiction interne, a été étudié particulièrement par P. Watzlawick, voir du même, avec J. Helmick Beavin et D. Jackson, Pragmatics of Human Communication. .A Study of Interactional Patterns,  Pathologies and Paradoxes,  New York  1967 (tr. fr.,  Une logique de la communication, Paris, 1972).

(8) Au bas de la p.14 et au haut de la p. 15.

(9) T. Ruinart, Acta primorum martyrum sincera, Paris, 1649, p. 414. Signalons que la Conférence des évêques d’Italie a intitulé ainsi sa Lettre pastorale sur le dimanche, cf.  « Senza la domenica non possiamo vivere »  dans Il Regno-documenti 3/2005, 78-80, et qu’elle  a très heureusement donné le même titre  au Congrès eucharistique qu’elle a organisé à Bari en mai 2005.   

(10) p. 5

(11)create an open dialogue in which all interested parties might participate”,” think of a strategy to facilitate this open dialogue” p.5, lignes 1 et 3 du bas.

(12) Cf.  note précédente.

(13) Ainsi  p. 13, avant dernier § on propose « une action combinée du haut et du bas » ; idem, p.14, 2e § ; souhait analogue p.19 bas ; le 2e § de la p. 25, parle de la participation des chefs des  communautés voisines dans l’ordination de l’évêque local.

(14) « renewed discussions on a deeper level », p. 6, bas.

(15) « Those who preside in local celebrations (…) whether they be men or women, homo- or heterosexual, married or unmarried is irrelevant » (p. 28 haut).

(16) Ainsi les pp.13-14 sont très normatives, bien que situées dans la partie analytique

(17)  p.29, 1ère ligne : « We urge parishes to act in this way with a great amount of self-confidence and courage »

(18) Aux chrétiens de Smyrne, VIII, 1 (Sources chrétiennes, p.162-163)

(19) Il est facile de montrer que Denys n’a pas influencé la liturgie occidentale, voir par ex.  Benedicta Droste, « Celebrare » in der römischen Liturgiesprache. Eine liturgie-theologische Untersuchung (Münchener Theologische Studien.  II  Systematische  Abteilung, 26. Band), Max Hueber Verlag, München  1963, conclut sa thèse : «  " celebrare"  est toujours une action  de nature communautaire et publique ». Ou encore  Rupert Berger,  Die Wendung « offerre pro » in der römischen Liturgie (Litugiegeschichtlichen Quellen und Forschungen  41), Aschendorff, Münster 1965 qui  montre que le prêtre n’offre pas à la place des fidèles qui n’offriraient pas de plein droit.

(20) Bx Guerric d'Igny, Sermon 5 sur la Purification, PL 185, 87 : « Neque credere debemus quod soli  sacerdoti  supradictae virtutes  sint necessariae, quasi solus consecret et et sacrificet corpus Christi. Non solus sacrificat, non solus consecrat, sed totus conventus  fidelium qui astat, cum illo consecrat, cum illo sacrificat »

(21)  « The sacraments…are only effective if they are used (sic) by ordained ministers » p. 18, on y lit encore que cela  «  a été enregistré dans le Code de droit canonique », et l’on répète : « c’est pourquoi (le prêtre ordonné) est le seul qui a le pouvoir de réaliser des actions sacramentelles qui soient ‘valides’, c’est-à-dire reconnues par le droit ». On ajoute  que cela  «  a été enregistré dans le code de droit canonique », et l’on répète : « c’est pourquoi (le prêtre ordonné) est le seul qui a le pouvoir de réaliser des actions sacramentelles qui soient ‘valides’, c’est-à-dire reconnues par le droit ».

(22) Selon  S. Thomas d’Aquin, Contra  Gentiles IV, 74 : cette grâce   est donnée pour la "construction " de l’Église ; il ajoute que « la grâce de Dieu vient en aide au ministre ». Le manuel très représentatif (on cite la 50ème et ultime édition) de  J. M. Hervé,  Manuale theologiae dogmaticae. Nova editio a C. Larnicol recognita. Paris 1962, p.409  énonce seulement que l’ordination « infuse une augmentation de la grâce » à celui qui a déjà la grâce sanctifiante ; il en est ainsi « pour que l’ordonné puisse dispenser dignement les sacrements ». Absolument rien n’est dit d’une transformation ontologique !

(23) On pourra lire à ce sujet la thèse, antérieure à Vatican II,  du jésuite belge, professeur de dogmatique à la Grégorienne (Rome), J. Galot,  La nature du caractère sacramentel. Étude de théologie médiévale, Bruges, 1957,  notamment p. 224 : " Trente a voulu expressément  éviter toute détermination concernant la nature du caractère et ne condamne aucune opinion d'école, même pas celle de la pure relation de raison proposée par Durand de Saint Pourçain". On y lit encore: "(Trente)  laisse expressément tomber une qualification du décret aux Arméniens, parce qu'elle engage une certaine doctrine sur la nature et la fonction du caractère".

(24) Pour la troisième fois, p. 19, lère ligne : « transferred into a different order of being ». 

(25) Cf. supra note 22.

(26) Dans la Theologische Realenzyklopädie, à l'article Amt/Aemter, C.H. Ratschow (Université de Marburg) assure p. 611: "Es bleibt im Katholizismus zwischen glaübigen Christen und den Träger des Amtes ein Wesensunterschied (LG 10). Diese ist in den evangelischen Erfassungen des Amtes aber nicht der Fall. (Trad. : il demeure dans le catholicisme une différence d'essence entre le fidèle et le détenteur du ministère (LG 10). Mais cela n'est pas le cas dans les conceptions protestantes du ministère"). On trouve la même interprétation erronée de Lumen Gentium 10 dans L'Encyclopédie du Protestantisme (Ed. du Cerf, 1995) à l’article Prêtre  de P. L. Dubied (Neuchâtel), p.1208 : " Des aspects (de)la figure du prêtre de l'Église romaine du XVIe siècle demeurent jusqu'au concile Vatican II inclus (cf. la différence d'essence liée au ministère ordonné) ». Voici le texte de Lumen Gentium : «  Le sacerdoce commun (sacerdotium commune) des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique (sacerdotium ministeriale seu hierarchicum), bien qu’il y ait entre eux une différence essentielle et non pas de degré (licet essentia et non gradu tantum differant), sont cependant ordonnés l’un à l’autre : l’un et l’autre, en effet, selon son mode propre,  participent de l’unique sacerdoce du Christ ». On ne peut le comprendre comme ces protestants que si l’on confond la personne et la fonction, lisant  sacerdotes (nomen personarum), là où Vatican II  a écrit sacerdotium (nomen actionis) !

(27) Les théologiens constateront que le renouveau  liturgique n’y a guère d’influence : quasi-absence de l’épiclèse ; articulation insatisfaisante entre un/tous/quelques-uns (p. 13 le souhait que tous prononcent les paroles de la consécration n’est pas fondamentalement réfuté, mais un bon développement p.14) ; la fixation sur la consécration des hosties est heureusement dénoncée comme ambiguïté, mais  pas très corrigée alors qu’elle traverse toute l’enquête ; la réduction du presbytérat au ministère sacerdotal est certes déplorée, mais sa spécificité comme ministère de la Parole et pastorat est peu déployée : on semble laisser croire que le prêtre  est un « diseur de messes valides ». 

(28) cf. D. Kurze, Pfarrerwahl im Mittelalter, Cologne, Böhlau Verlag, 1966. Cette élection persiste toujours formellement  par ex. dans le diocèse de Saint-Gall en Suisse.

(29) Comme on le lit dans  le Rapport  p.22, si nous le comprenons bien : « The Eucharist (…) is a table which is open for people from different religious traditions ». On n’a pas écrit “christian traditions”.

(30) Cf. lettre aux Magnésiens 7, 2 (Sources chrétiennes 10 bis, p.101).

(31) Vers 250, S. Cyprien  écrit  « Croit-il donc être avec le Christ celui qui célèbre dans l’opposition aux évêques ? (…) qui a l‘audace dans le mépris pour les évêques  d’ériger un autre autel ?  », L’unité de l’Église 17 (Sources chrétiennes  500, p. 224-227) ; voir aussi sa Lettre 43,5 « Un autre autel ne peut être érigé, un autre sacerdoce ne peut être institué en dehors de l’unique autel, de l’unique sacerdoce » ; et Lettre  73, 2, où il décrit le schisme de Novatien comme « dressant l’autel contre l’autel et offrant des sacrifices illégitimes».

(32) « Dire un seul autel, c’est dire comme une seule foi, un seul baptême, une seule Église », In Isaiam prophetam

5, 19 (PL 24, 186).

(33) « Si nous sommes dans l’unité, pourquoi deux autels dans une même ville ? », In Epist. Joh. 3, 7 (PL 35, 2001).

(34) « Il n’y a qu’un seul corps du Christ, qu’une seule Église. Un autel séparé du reste du corps ne peut pas consacrer véritablement le Corps du Christ », Ep 24, 14 (ed. Gasso-Battle, p.76).

(35) Le dominicain Y. Congar, qui a quelque autorité pour interpréter Lumen Gentium,  comprend la constitution sur l’Église bien différemment : « La catégorie peuple de Dieu permet d’affirmer à la fois (souligné par l’A.) l’égalité de tous les fidèles dans la dignité de l’existence chrétienne et l’inégalité organique ou fonctionnelle des membres » et il ajoute « l’idée de peuple de Dieu, si riche théologiquement et pastoralement, est insuffisante à exprimer, seule, la réalité de l’Église », « L’Église comme peuple de Dieu », Concilium 1, 1965, pp. 24 et 31-32.  

(36) Ceci a été entrevu dans le Rapport p. 13, quand on décrit l’ordination comme « combined action of ‘below’ and ‘above’ », ou, dans un vocabulaire un peu plus heureux, p.25 «  l’imposition des mains des chefs des Églises voisines exprime la collégialité entre les communautés ecclésiales locales ».

(37) Le Cal W. Kasper fonde sur ce point l’axiome suivant : « Une communauté sans prêtre est une contradiction en elle-même, et une célébration de l’eucharistie sans le ministère presbytéral est une chose impossible…Cela vaut également pour les situations de détresse extrêmes (…) la règle vaut à plus forte raison pour notre situation de manque relatif de prêtres, à savoir que des prêtres ne peuvent être remplacés que par des prêtres », Sacrement de l’unité. Eucharistie et Église, Paris, Éditions du Cerf, 2005, p.25 (original : Sakrament der Einheit. Eucharistie und Kirche, Freiburg i. B., 2004).

(38) « In conclusion, we would like to emphasize once more that our argument is based on statements of the Second Vatican Council and on publications of professional theologians and pastoral experts which have appeared since this council”.

(39) La constitution dogmatique sur l’Église dit expressément «  Toute célébration légitime de l’Eucharistie est dirigée par l’évêque » (n. 26).

(40) Dans l’Épilogue de la version française de Plaidoyer pour le peuple de Dieu, Paris 1987, il reconnaît que «  la charge de démontrer le bien-fondé des célébrations d’exception revient à celui qui les considère comme légitimes » p.301, et on lit « ma  soumission à la Constitution  (Lumen Gentium) est totale », p.303. cf. la note précédente. 

(41) Peut-être qu’une telle position est exprimée par des auteurs néerlandais que la traduction  anglaise du Rapport n’a pas rendus accessibles.

(42) PO 16 continue : « Ce saint concile, avec toute son affection, exhorte les hommes mariés qui ont été ordonnés prêtres à persévérer dans leur sainte vocation et dans le don total et généreux  de leur vie au troupeau qui leur a été confié ».

(43)  Ce texte revient constamment, tant en Orient qu’en Occident, pour illustrer le régime synodal de l’Église. Il est cité ici selon sa traduction par  la Septante puis par la Vulgate : « Frater, qui adjuvatur a fratre, quasi civitas firma et iudicia quasi vectes urbis sunt » ; littéralement : un frère aidé par son frère est comme une place forte et leurs jugements sont comme les verrous d'une  ville fortifiée.

Ceci est le text original du document, écrit par le fr. Hervé Legrand, qui accompagne la lettre du Maître de l’Ordre des Frères Prêcheurs. La lettre est traduit par Édith Kuropatwa-Fèvre.
Plubication sous la responsabilité de la fondation Kerk Hardop, Pays-Bas.


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